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RÉFLEXION SUR L'IMÂMAT DE AARON, ELÉAZAR ET PHIHÉÈS

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"L'Imam ne disparaît jamais... L'Imam doit être présent dans ce monde pour guider Ses fidèles en tout temps, pour leur bien, pour les mener au Droit Chemin et pour le maintien de l'Imâmat."
Imam Sultan Muhammad Shah

Cutchh Nagalpûr, 28-11-1903.


Pour faire suite à notre article "Réflexion sur l'Imâmat de Melchisedek et de Terach" (26-10-1984), nous analyserons ici les signes évidents montrant la présence de l'Imam à l'époque du Prophète Moïse. Le cheminement de notre analyse nous amènera à considérer la passation de l'Imâmat par succession ainsi que la remise du "dasond" à l'Imam. Enfin nous aboutirons, en nous basant sur les Livres saints, à identifier trois Imams ayant existé à cette époque.(1*)

En parlant de l'époque où l'Imâmat n'était pas déclaré publiquement, il est intéressant de noter les allusions à cette institution dans la Bible, plus particulièrement dans l'Ancien Testament. Débutons par les sources plus récentes:

IMAM ET PROPHÈTE

"Ali était Lui-même le Saint Aaron, Celui qui donna la main blanche à Moïse..."

Riquat,
"Le poème des Manifestations",
Ismailitica, p.76.

"Tu (Ali) es pour moi ce que Aaron était pour Moïse..."
Prophète Muhammad,

Hadith,

Bokhari 62-9(7).

Alors que la première citation du poète ismaélien Riquat nous rappelle la doctrine de la présence de l'Imam dans ce monde en tout temps, la suivante nous met d'emblée dans le vif du sujet.

En effet, cette phrase prononcée par le Prophète Muhammad a fait l'objet d'une multitude d'interprétations dans l'histoire musulmane. Une constatation s'impose: si Moïse était prophète, Muhammad l'était aussi. Ali était l'Imam accompagnant Muhammad, Aaron était-il celui accompagnant Moïse? Aaron avait certains droits dont nous en trouvons la trace dans la Bible. Ne fût-ce que pour montrer que Hazrat Ali avait les mêmes droits, les passages de la Bible traitant de ces droits ont un certain intérêt si pas un intérêt certain pour tous les musulmans.

Il est généralement admis que Moïse était le frère de Aaron, ce qui impliquerait d'après le Hadith du Prophète que Ali serait le frère de Muhammad. Or tel n'était pas le cas: nous savons qu'ils avaient un lien de parenté moins rapproché. Cependant nous savons que les parents du Prophète Muhammad étaient décédés à sa naissance et que ce dernier avait été recueilli et élevé par le père de Hazrat Ali. De ce point de vue, la relation entre Ali et Muhammad est proche de celle qu'auraient eu des frères. Une lecture attentive de la Bible nous donne une image précise permettant de réfuter l'opinion généralement admise sur le lien fraternel existant entre Moïse et Aaron.

Étonnante est la façon dont est racontée la naissance de Moïse. En effet la Bible nous apprend qu'un homme de la maison de Lévi avait pris pour femme une fille de Lévi. Cette femme enfanta un fils qui fut nommé Moïse. Suite au décret du Pharaon de tuer les nouveau-nés mâles juifs, Moïse est mis dans un panier qui s'en va à la dérive sur la rivière, sous l'oeil vigilant de sa soeur. Jusque là, ni le nom du père, ni celui de la mère, ni celui de sa soeur n'est cité. Encore moins est citée l'existence de Aaron. Or Aaron était né trois ans avant Moïse comme nous le verrons bientôt.

Moïse et Aaron étaient-ils des frères ayant pour parents le même père et la même mère? La question est cruciale car elle évoque la distinction entre la lignée de l'Imâmat et celle de la Prophétie. En effet, nous savons que le Prophète Abraham avait deux fils, demi-frères. L'un ayant pour mère Hagar et l'autre ayant pour mère Sarah. L'aîné Esmail reçut l'Imâmat qui continua dans sa descendance.

Schématiquement:



Lignee d'Abraham 01
Lignee d'Abraham 01


0 = lien de mariage

La contradiction est évidente: il est exclu d'après ce schéma qu'Aaron de la descendance d'Esmail, soit le frère de Moïse qui lui est de la lignée d'Isaac. Mais il est évident que rien ne s'oppose à ce que Moïse et Aaron aient été des demi-frères(2*). Ce qui nous laisse deux possibilités:

1. Ils avaient le même père mais pas la même mère. Cette possibilité est à rejeter d'emblée car l'Imâmat passe dans la descendance mâle.

2. Même mère mais deux pères distincts: cette solution est la seule à considérer car elle explique comment l'Imâmat est passé à Aaron malgré qu'il ait été le (demi-) frère de Moïse. En effet, par sa mère juive, le premier avait tous les droits d'être considéré comme juif au même titre que son demi-frère.

Le cas n'a rien d'inhabituel - rappelons que le Pentateuque ne limite pas le nombre d'épouses pour un homme. La polygamie et le remariage créaient des liens d'où étaient issus des demi-frères et des demi-soeurs. D'ailleurs la Bible distingue clairement "fille de son père" et "fille de sa mère". Par exemple dans Lévitique XX:17, Marie, considérée soeur de Moïse, est référée dans la Bible comme étant la soeur d'Aaron: "Marie, la prophétesse, soeur d'Aaron, prit à sa main un tambourin..." (Exode XV:20). Ce verset nous fait penser que Marie était soeur d'Aaron mais demi-soeur de Moïse.

Plusieurs faits nous confirment les hypothèses ci-haut mentionnées, et un passage de la bible le prouve de façon irréfutable:

Deutéronome XXXII:48-51: "L'Éternel parla à Moïse et dit... tu mourras sur la montage où tu vas monter, et tu seras recueilli auprès de ton peuple, comme Aaron, ton frère, est mort sur la montage de Hor et a été recueilli auprès de son peuple...".
La conclusion est directe: Aaron et Moïse étaient originaires de deux peuples différents.

Redessinons la généalogie de cette famille pour clarifier non seulement les faits présentés, mais également ce qui va suivre:



Lignee d'Abraham 02
Lignee d'Abraham 02


0 = épouse

Moïse épousa Sephora (3*). La première référence à Aaron est faite seulement lorsque Moïse est chargé de se rendre auprès du Pharaon. D'après la Bible, Exode VIII:7, Aaron était âgé de 83 ans et Moïse de 80 ans lors de cette rencontre. On connaît l'histoire de Moïse accompagné d'Aaron à partir de ce moment. Aaron eut 4 fils dont deux, Nadab et Abihu périrent dans d'étranges circonstances.

LE SACERDOCE DE AARON

Dieu dit à Moïse: "L'homme que J'aurai choisi sera celui dont la verge fleurira... le lendemain la verge de Aaron avait fleuri." (Nombres XVII:1-10). Ce passage montre comment Dieu envoya Son Message pour désigner qui serait l'Imam. Au début, sans brusquer les habitudes de ce peuple, l'Imam est présenté comme un dirigeant sur qui s'est porté le choix divin. On trouve également un autre passage (dans Lévitique VIII:9) montrant Moïse posant sur la tête d'Aaron la tiare, ainsi que la lame d'or (diadème sacré) devant la tiare, comme Dieu lui a ordonné. Cette étape est déjà en elle-même une intronisation symbolique. Le Sacerdoce lui fut remis par Moïse sur l'ordre de Dieu: "Les vêtements sacrés d'Aaron seront après lui pour ses fils, qui les mettront lorsqu'on les oindra et qu'on les consacrera. Ils seront portés pendant sept jours par celui de ses fils qui lui succédera dans le Sacerdoce..." (Exode XXIX:29-30). "Le Sacerdoce leur appartiendra (à Aaron et à ses fils) par une loi perpétuelle (Exode XXIX:9). Il est clair que le Sacerdoce restera dans la descendance d'Aaron par une volonté divine, de façon perpétuelle, ce qui explique que Aaron était celui qui bénissait le peuple et non Moïse (Lévitique X:22).

L'ÉPISODE DU VEAU D'OR

Une des questions que l'on est en droit de se poser est que si Aaron était l'Imam, pourquoi aurait-il fabriqué le veau en fonte (Exode XXXII:9) ou en or (Exode XXXII:24)? En fait le rôle d'Aaron dans cette histoire bizarre du veau s'est limité à jeter de l'or dans le feu. En était-il responsable s'il en est sorti un veau? son noble but n'était-il pas de tenir uni le peuple de Moïse et de l'empêcher de se disperser? Aaron leur disait bien "O mon peuple! On vous éprouve par ce veau. Votre Seigneur est miséricordieux. Suivez-moi et obéissez à mes ordres" (Coran XX:92). Et lorsque Moïse lui reproche son comportement, Aaron lui répond du tac au tac: "O fils de ma mère... cesse de me tirer par la barbe et la tête. J'ai craint que tu ne me dises ensuite: Pourquoi as-tu semé la scission parmi les enfants d'Israël?" (Coran XX:95). Cette ayat du Coran a non seulement le mérite de dégager la responsabilité de Aaron dans cette affaire malheureuse, mais nous donne également une précision généalogique: l'expression "O fils de ma mère" est
pleine de sens et est un autre élément en faveur de notre hypothèse(4*).

LE DROIT DE L'IMAM AU DASOND

Dieu ordonne dans la Bible, par une loi perpétuelle, le droit de l'Imam à recevoir la dîme (Lévitique VIII:34). Dans Nombres XVIII:28 il est dit: "Vous donnerez au sacrificateur Aaron l'offrande (dîme) que vous aurez prélevée pour l'Éternel".

Plus clairement dans Nombres XVIII:8-9, "L'Éternel dit à Aaron: Voici, de toutes les choses que consacrent les enfants d'Israël, Je te donne celles qui me sont offertes par élévation: Je te les donne, à toi et à tes fils, comme droit d'onction, par une loi perpétuelle."

Ce genre de verset est révélé dans plusieurs endroits de la Bible, non seulement pour Aaron mais également pour plusieurs Imams des Ismaéliens. Un seul de ces versets serait suffisant pour prouver le droit d'Aaron, et après lui celui de sa descendance, à recevoir la dîme.

LA SUCCESSION D'AARON

Une ayat inconnue du Coran nous apprend qu'il y eut effectivement certains problèmes d'acceptation lorsque Aaron avait nommé son successeur.(5*)

L'Imâmat d'Aaron passa à son fils Eléazar lors du décès. Bien entendu Eléazar fut choisi comme successeur d'Aaron non pas par Moïse mais par Dieu: "Prends Aaron et son fils Eléazar, et fais les monter sur la montage de Hor. Dépouille Aaron de ses vêtements et fais-les revêtir à Eléazar, son fils. C'est là qu'Aaron sera recueilli et qu'il mourra... Aaron mourut là, au sommet de la montagne. Moïse et Eléazar descendirent de la montagne." (Nombres XXI:25-29, et Deut. X:6-8)

Le texte nous indique plus loin que la maison d'Israël pleura Aaron pendant trente jours. Désormais ce peuple avait un nouvel Imam. Le Dasond lui fut remis par le prophète Moïse: "Moïse donna au sacrificateur Eléazar le tribut réservé comme offrande à l'Éternel, selon ce que l'Éternel lui avait ordonné." (Nombres XXXI:4)

D'après de Deutéronome, Moïse mourut à l'âge de 120 ans et "l'Éternel l'enterra" dans la vallée au pays de Moab. Pouvons-nous suggérer que Moïse fut enterré par l'Imam Eléazar tout comme le Prophète Muhammad fut enterré par l'Imam Ali?

ÉPILOGUE

La lignée de l'Imâmat ne s'arrête pas avec Eléazar, et nous pouvons suivre le fil de l'Imâmat jusqu'à aujourd'hui. Cette tâche est difficile mais passionnante et les découvertes en valent l'effort.

Qui fut l'Imam après Eléazar? Un signe nous est donné:

"L'Éternel parla à Moïse et dit: Phinéès fils d'Eléazar, fils du sacrificateur Aaron a détourné ma fureur de dessus les enfants d'Israël... c'est pourquoi tu diras que Je traite avec lui une alliance de paix. Ce sera pour lui et pour sa postérité après lui, l'alliance d'une sacerdoce perpétuel." (Nombres XXV:13)

Et après Phinéès?



(1*) Nous laisserons de côté la position de l'Imam vis-à-vis des prophètes, ce sujet ayant été élaboré précédemment ("Le concept et la continuité de l'Imâmat: les indices dans diverses sources religieuses", 20-08-1982.) QUI ÉTAIT DONC AARON POUR MOïSE?

(2*) L'avantage d'être considéré comme juif était évident: a) les Juifs auraient accepté de ne suivre qu'un Imam issu de leur race, et b) seuls ceux qui faisaient partie des Juifs lors du recensement avaient droit au partage des terres lors de l'arrivée à destination.

(3*) La fille d'un nommé Reul d'après Exode II:18, celle d'un nommé Jethro d'après Exode IV:18.

(4*) Notons que la Bible signale plusieurs événements à des époques différentes impliquant un veau ou un autre animal. Moïse lui-même fabriqua un serpent d'airain comme talisman (Nombres XXI:9). Ce serpent d'airain fut pris en adoration jusqu'à ce que Osée, fils d'Ela, le mette en pièces (2Rois XVIII:1-5).

(5*) Eliash, "The Shia Quran", Revue des Études Arabes, 1969.

Nagib Tajdin
Montréal, 22 août 1985


LECTURE CONSEILLÉE

. Le Coran, traduit par Kazimirski, Paris, Garnier-Flammarion, 1970.

. La Sainte Bible, traduite par Louis Segond, London, Trinitarian Bible Society, 1978.

. El Bokhari, L'authentique tradition musulmane, traduit par G.H.Bousquet, Paris, Fasquelle, 1964.

. Abu Firaz, Ash-Shafiya, traduit par S.N.Makarem, Beyrouth, A.U.B., 1966.

. Ivanow, W., Ismailitica, 1922.

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