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Corporation canadienne des Sciences Religieuses
Critique: Diane Steigerwald, Religious
Studies Department, California State University (Long Beach)
Dans ce
livre, Wilferd Madelung et Toby Mayer, nous présente une nouvelle édition et
traduction d'une des oeuvres philosophiques d'al-Shahrastânî (m. 548/1153), le Mûsâra‘at
al-falâsifa (La Lutte contre les philosophes). Les auteurs pour établir la
nouvelle édition se sont fondés sur deux manuscrits (MS A 1103 de la
Landesbibliothek de Gotha sur lequel la première édition de Suhayr M. Mukhtar
était fondée et le MS n. 1124, fol. 5b-98a de la librairie de Kazan) en les
comparant à l'édition de la réfutation de Nasîr al-dîn Tûsî (m. 676/1274), Masâri`
al-mûsâri`. Les auteurs présentent donc une oeuvre originale qui améliore
et éclaircit plusieurs sections de la première édition. Ils méritent notre
admiration pour avoir traduit pour la première fois un texte hautement
philosophique où al-Shahrastânî nous dévoile sa conception ismaélienne de la
Déité au-delà de toutes qualifications. Dans cette oeuvre, al-Shahrastânî reprend
le cadre philosophique d'Avicenne (Ibn Sînâ, m. 428/1037) et bâtit une nouvelle
conception divine en critiquant les faiblesses du système avicennien. Cet
ouvrage se subdivise en cinq sections : (i) la division de l'être, (ii)
l'existence de l'être nécessaire, (iii) l'unicité de l'Être nécessaire, (iv) la
connaissance de l'être nécessaire et son rapport à l'universel et au
particulier et finalement (v) l'Instauration du monde.
Les
auteurs auraient pu rapporter les informations des recherches précédentes sur
l'identité d'al-Shahrastânî. Comme je l'ai indiqué dans mon livre,
al-Shahrastânî pratiquait la dissimulation (taqiyya) de sa foi lorsqu'il
critiquait ouvertement Hasan-i Sabbâh (m. 518/1124) dans le Kitâb al-milal.
En fait al-Shahrastânî, comme Guy Monnot l'avait déjà mentionné, présente son
véritable point de vue dans le Kitâb al-milal de façon indirecte
derrière la position des hanîfs (vrais croyants). Al-Shahrastânî s'était fort
probablement converti à l'ismaélisme et le titre de dâ`î al-du`ât
n'était pas seulement honorifique. Les Ismaéliens de l'époque n'ont jamais
proclamé dans leurs oeuvres l'identité ismaélienne d'al-Shahrastânî parce
qu'ils désiraient le protéger à une époque où, comme Daniel Gimaret l'a
indiqué, on massacrait les Ismaéliens. Quant aux Ismaéliens des générations
suivantes, ils ont vécu continuellement une vie turbulente causée par les
attaques récurrentes `abbâsides et les invasions mongoles, par conséquent les
oeuvres d'al-Shahrastânî sont restées davantage consultées par la majorité des
musulmans qui croyait toujours à son identité sunnite. La question de
l'identité religieuse d'al-Shahrastânî restera toujours une grande
interrogation que nous avons couverte longuement dans notre ouvrage intitulé La
pensée philosophique et théologique de Shahrastânî (m. 548/1153),
Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1997.
Cette
oeuvre d'al-Shahrastânî est abstruse et aurait méritée davantage de
commentaires. Certains passages auraient dû être comparés à la section
philosophique [p. 234] du Kitâb
al-milal et au Kitâb al-nihâya. L'introduction est vraiment
sommaire, les auteurs aurait pu élaborer davantage sur la nouvelle contribution
philosophique d'al-Shahrastânî au monde de la falsafa (philosophie
hellénistique de l'islâm). La participation des deux auteurs n'est pas
clairement identifiée, quelles sections ont été traduites respectivement par
Wilferd Madelung et Toby Mayer? Qui s'est occupé principalement de l'édition?
Comme Paul Kraus, nous croyons qu'il faut transcrire Nihâyat al-aqdâm et
non Nihâyat al-iqdâm.