Studies in Religion / Sciences Religieuses

30: 2, 2001: 233-234


© Canadian Corporation for Studies in Religion / Corporation canadienne des Sciences Religieuses

[p. 233]

Recension:

Kitâb al-Mûsâra‘at al-falâsifa (Struggling with the Philosopher : A Refutation of Avicenna's Metaphysics)

Abû al-Fath Muhammad b.‘Abd al-Karîm al-Shahrastânî

Edité et traduit par Wilferd Madelung et Toby Mayer

Londres, Tauris, 2001. 240 p.


Critique: Diane Steigerwald,   Religious Studies Department, California State University (Long Beach)


Dans ce livre, Wilferd Madelung et Toby Mayer, nous présente une nouvelle édition et traduction d'une des oeuvres philosophiques d'al-Shahrastânî (m. 548/1153), le Mûsâra‘at al-falâsifa (La Lutte contre les philosophes). Les auteurs pour établir la nouvelle édition se sont fondés sur deux manuscrits (MS A 1103 de la Landesbibliothek de Gotha sur lequel la première édition de Suhayr M. Mukhtar était fondée et le MS n. 1124, fol. 5b-98a de la librairie de Kazan) en les comparant à l'édition de la réfutation de Nasîr al-dîn Tûsî (m. 676/1274), Masâri` al-mûsâri`. Les auteurs présentent donc une oeuvre originale qui améliore et éclaircit plusieurs sections de la première édition. Ils méritent notre admiration pour avoir traduit pour la première fois un texte hautement philosophique où al-Shahrastânî nous dévoile sa conception ismaélienne de la Déité au-delà de toutes qualifications. Dans cette oeuvre, al-Shahrastânî reprend le cadre philosophique d'Avicenne (Ibn Sînâ, m. 428/1037) et bâtit une nouvelle conception divine en critiquant les faiblesses du système avicennien. Cet ouvrage se subdivise en cinq sections : (i) la division de l'être, (ii) l'existence de l'être nécessaire, (iii) l'unicité de l'Être nécessaire, (iv) la connaissance de l'être nécessaire et son rapport à l'universel et au particulier et finalement (v) l'Instauration du monde.

Les auteurs auraient pu rapporter les informations des recherches précédentes sur l'identité d'al-Shahrastânî. Comme je l'ai indiqué dans mon livre, al-Shahrastânî pratiquait la dissimulation (taqiyya) de sa foi lorsqu'il critiquait ouvertement Hasan-i Sabbâh (m. 518/1124) dans le Kitâb al-milal. En fait al-Shahrastânî, comme Guy Monnot l'avait déjà mentionné, présente son véritable point de vue dans le Kitâb al-milal de façon indirecte derrière la position des hanîfs (vrais croyants). Al-Shahrastânî s'était fort probablement converti à l'ismaélisme et le titre de dâ`î al-du`ât n'était pas seulement honorifique. Les Ismaéliens de l'époque n'ont jamais proclamé dans leurs oeuvres l'identité ismaélienne d'al-Shahrastânî parce qu'ils désiraient le protéger à une époque où, comme Daniel Gimaret l'a indiqué, on massacrait les Ismaéliens. Quant aux Ismaéliens des générations suivantes, ils ont vécu continuellement une vie turbulente causée par les attaques récurrentes `abbâsides et les invasions mongoles, par conséquent les oeuvres d'al-Shahrastânî sont restées davantage consultées par la majorité des musulmans qui croyait toujours à son identité sunnite. La question de l'identité religieuse d'al-Shahrastânî restera toujours une grande interrogation que nous avons couverte longuement dans notre ouvrage intitulé La pensée philosophique et théologique de Shahrastânî (m. 548/1153), Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1997.

Cette oeuvre d'al-Shahrastânî est abstruse et aurait méritée davantage de commentaires. Certains passages auraient dû être comparés à la section philosophique [p. 234] du Kitâb al-milal et au Kitâb al-nihâya. L'introduction est vraiment sommaire, les auteurs aurait pu élaborer davantage sur la nouvelle contribution philosophique d'al-Shahrastânî au monde de la falsafa (philosophie hellénistique de l'islâm). La participation des deux auteurs n'est pas clairement identifiée, quelles sections ont été traduites respectivement par Wilferd Madelung et Toby Mayer? Qui s'est occupé principalement de l'édition? Comme Paul Kraus, nous croyons qu'il faut transcrire Nihâyat al-aqdâm et non Nihâyat al-iqdâm.